

Quand une randonnée se transforme en marche spirituelle.
Ce matin-là, après les pluies soutenues tombées sur Espalion, je partis vers l’abbaye de Bonneval, un lieu tenu par des sœurs cisterciennes. La veille, j’avais assisté aux vêpres de 18h. C’était un moment de grâce, où les chants me rappelaient les moniales et les moines de l’abbaye du Mont‑Saint‑Michel. Une découverte spirituelle extraordinaire, révélée par Bertrand Leroy lors de mon premier pèlerinage après le Covid, avec son association *Le Sentier*. C’est là que j’avais rencontré Dominique Lasne, un ami cher à mon cœur.
Ce matin-là, la marche ne devait pas être longue : sept kilomètres seulement. Mais la pluie avait transformé l’air en un véritable parfum. Se mêlaient alors l’odeur des champignons, l’humus et celle de la terre mouillée encore tiède. J’avais mon chapelet autour du cou, le cœur en paix, et je sentais auprès de moi une présence bienveillante — comme si un ange m’accompagnait dans ce court périple.
Après avoir quitté l’abbaye, je voyais les nuages prisonniers de la vallée. Le chemin s’élevait et s’enfonçait bientôt dans la forêt. Au bout de quatre cents mètres, il dominait la bâtisse religieuse. C’est alors que je me retrouvai devant une statue. D’abord de dos : deux ailes majestueuses déployées sur l’armure d’un chevalier, à ses pieds un monstre terrassé et une vierge. En tournant autour, je découvris son visage : l’archange Saint Michel. Un moment d’émotion intense. Puis, comme pour m’encourager, l’ange qui marchait avec moi me prit la main afin que je continue.
Plus haut, le chemin demeurait humide sous les feuillages protecteurs. Huit cents mètres plus loin, à l’embranchement de deux sentiers, je découvris un petit oratoire. À l’intérieur, une Vierge se tenait là, silencieuse. j’egrenais rapidement mon chapelet. Je repris ma route.
Arrivé au lieu-dit « La Baraque », je m’engageai sur un sentier en descente, caillouteux, qui rappelait que la marche n’est pas toujours facile. Au kilomètre 4,6, une bâtisse surgit. Devant elle, une croix immense. À l’intérieur du rez-de-chaussée, de vieux outils agricoles dormaient. Au-dessus, un abri semblait destiné aux troupeaux. Était-ce une ancienne chapelle ? Je ne le sus jamais.
Le ciel s’éclaircissait. Après une pause de quinze minutes, mon ange blond m’invita à reprendre ma marche, comme dans un roman de Paulo Coelho. Peu après, je retrouvai l’oratoire et saluai à nouveau la statue de Marie, avant de poursuivre ma descente vers l’abbaye.
À Bonneval, les sœurs fabriquent du chocolat. J’en achetai, le cœur encore rempli de ce chemin intérieur, puis je repris doucement la route vers Espalion.










